
Un archétype est facile à reconnaître dans une image. Il est beaucoup plus difficile de comprendre ce qui demeure lorsque l’image est retirée.
Premier article du cycle De l’image à la géométrie
Introduction. Retirer les étiquettes des portes
Imaginons l’Europe autour de 1900. Plusieurs personnes sont assises à la même table — des personnes que l’histoire ultérieure rangera sur des rayonnages très différents de la bibliothèque.
La première dresse un horoscope. Elle pense qu’un nombre limité de planètes, de signes, d’éléments et de relations entre eux peut décrire une immense variété de situations humaines. La deuxième appartient à un ordre occultiste et travaille avec le Tarot, la Kabbale, les symboles alchimiques, les lettres, les nombres et les échelles de couleurs comme parties d’un même système de correspondances. La troisième se dit psychologue et étudie la perception, l’hypnose, l’écriture automatique et les états inhabituels de conscience. La quatrième est le jeune Carl Gustav Jung : sa thèse de médecine est née de l’observation de séances médiumniques, et il traduira ensuite de plus en plus ce type de matériau du langage des esprits et du médiumnisme vers celui de la psyché [1].
Un siècle plus tard, nous distribuons les étiquettes avec aisance. L’astrologue est un ésotériste. Le membre de la Golden Dawn est un occultiste. Jung est un psychologue. William James est un classique de la science. Pourtant, une étiquette nous dit surtout dans quelle case institutionnelle un nom est aujourd’hui rangé. Elle ne dit encore rien de la structure de l’explication elle-même.
Si l’on efface les mots « psychologue » et « ésotériste », une question plus difficile demeure : lequel d’entre eux a construit le modèle le plus rigoureux — et en quel sens, exactement ?
Cet article ne cherche pas à prouver que l’occultisme était une « vraie science injustement réprimée », pas plus qu’il ne défend la légende inverse selon laquelle la psychologie aurait remplacé une superstition chaotique et aurait été la première à apprendre à traiter rationnellement les symboles. Les deux récits sont trop commodes. Le tableau historique est plus intéressant : plusieurs traditions ont abordé des problèmes voisins par des moyens différents, se sont échangé des matériaux, ont disputé le statut des explications et ont progressivement tracé des frontières qui nous paraissent aujourd’hui naturelles.
Ce qui nous importe n’est pas le prestige d’un nom, mais l’architecture d’un modèle. Combien d’entités indépendantes introduit-il ? Existe-t-il des règles permettant de dériver des cas nouveaux ? Peut-on distinguer description et explication ? Qu’est-ce qui compte comme test ? Et surtout : qu’est devenue l’idée même d’archétype — depuis la « forme » de Jung jusqu’aux tests modernes où une personne reçoit un profil d’Explorateur, de Souverain ou de Magicien ?
1. Le problème de l’archétype existait avant Jung
Jung n’a pas été le premier à remarquer la récurrence des formes symboliques. Sa nouveauté historique tient plutôt au fait d’avoir fait de cette récurrence un problème spécifiquement psychologique.
Bien avant la psychologie analytique, l’astrologie proposait déjà une sorte de grammaire combinatoire. Elle ne crée pas une description indépendante pour chaque personne. Elle prend un ensemble limité d’éléments — planètes, signes, éléments, modalités, relations — et produit de nombreuses configurations à partir de leurs combinaisons. On peut rejeter la causalité astrologique tout en reconnaissant un fait d’architecture : il s’agit d’une tentative d’expliquer la diversité par la combinaison plutôt que par un catalogue sans fin de types.
Cette distinction est particulièrement importante ici. Un système qui dit « le Guerrier existe parce que les gens se comportent parfois en guerriers ; l’Explorateur existe parce que les gens cherchent parfois » classe des phénomènes déjà observés. Une construction astrologique pose une autre question : de quels éléments et de quelles relations une configuration particulière est-elle composée ? Sa logique interne peut être contestable, mais le type de problème qu’elle pose est déjà génératif.
L’astrologie nous intéresse donc ici non comme ensemble de prédictions, ni comme théorie physique établie de l’influence céleste. Elle nous intéresse comme tentative historiquement ancienne de construire un petit langage capable de produire un grand nombre de distinctions humaines.
Non : « plus ancien » ne signifie pas « plus vrai »
L’ancienneté d’un système ne prouve rien. L’astrologie traditionnelle est d’ailleurs elle-même très coûteuse en nombre d’hypothèses : signes, planètes, maisons, aspects, dignités, maîtrises, orbes, systèmes de maisons et multiples règles de combinaison. Si chaque correspondance doit être acceptée séparément au seul motif que « la tradition le dit », nous n’avons pas le rasoir d’Occam ; nous avons une immense table.
La question n’est donc pas « qu’est-ce qui est plus ancien, Pearson ou le Zodiaque ? », mais « quel système explique davantage d’observations avec moins de règles indépendantes — et lesquelles de ces règles sont réellement testables ? »
2. L’occultisme du XIXe siècle : non seulement une croyance, mais une ingénierie des correspondances
L’histoire du Tarot rend ce point encore plus clair. Les cartes apparaissent dans l’Italie de la Renaissance au sein de la culture du jeu de cartes, tandis que leur transformation en système ésotérique est une reconstruction ultérieure. Le Warburg Institute présente aujourd’hui l’histoire du Tarot comme une succession de transformations majeures : jeu de cour, puis divination, puis médium artistique, mystique et politique [2].
Cela importe pour deux raisons. Premièrement, nous ne pouvons pas affirmer sans preuve que les Arcanes majeurs nous sont parvenus inchangés comme un ancien traité de psychologie. Deuxièmement, une reconstruction tardive n’est pas nécessairement intellectuellement vide sous prétexte que sa propre légende d’origine était inexacte.
À la fin du XIXe siècle, l’Hermetic Order of the Golden Dawn avait entrepris un projet extraordinairement ambitieux : relier le Tarot, l’astrologie, la Kabbale, l’alchimie, les éléments, les lettres, les nombres, les grades rituels et les systèmes de couleurs dans un réseau unique de correspondances. Un tel réseau peut contenir des rapprochements forcés et des liens historiquement discutables ; mais par sa forme il ressemble à un projet de formalisation : de nombreuses images doivent être produites ou organisées au moyen d’un nombre limité de coordonnées.
Lévi, la Golden Dawn, Waite : différentes manières d’assembler un monde symbolique
Éliphas Lévi, MacGregor Mathers, Arthur Edward Waite, Aleister Crowley et d’autres auteurs du renouveau occultiste ne débattaient pas principalement de l’existence même des liens symboliques ; ils débattaient de la manière de les organiser. Les recherches contemporaines sur l’histoire du Tarot traitent de plus en plus ces reconstructions comme un matériau intellectuel à part entière et non comme de simples curiosités [3].
Waite est particulièrement important pour notre propos. Le British Museum le décrit comme occultiste et rosicrucien et mentionne sa collaboration avec Pamela Colman Smith pour la création du jeu publié pour la première fois en 1909 ; tous deux étaient liés à l’Hermetic Order of the Golden Dawn [4].
3. Waite et Pamela Colman Smith : quand une table devient une scène
Le jeu Rider–Waite–Smith nous importe non parce qu’il serait « le plus juste », mais parce qu’il montre un passage du vocabulaire à l’espace. Smith a transformé de nombreuses cartes numérales abstraites en scènes où le sens se trouve non seulement dans une légende, mais dans la composition : qui est relié à qui, vers quoi se dirige le regard, ce qui est séparé, ce qui est enfermé, où passe un chemin.
Prenons le Magicien. On peut dire : « Mercure signifie communication, dextérité, médiation. » C’est un dictionnaire. Ou bien on peut représenter une figure entre le haut et le bas, avec différents instruments disposés devant elle et un geste reliant des niveaux séparés. Le sens devient alors une relation à l’intérieur d’une scène. Nous n’avons toujours pas prouvé que cette relation est le « vrai sens » de la carte, mais nous avons obtenu un objet d’étude beaucoup plus intéressant.

Ici, les occultistes montrent une force que la psychologie populaire ultérieure perd souvent : ils ne cherchent pas seulement à nommer une figure, mais à l’inscrire dans un système de relations. La faiblesse apparaît lorsque les correspondances sont attribuées plus vite que n’émerge une méthode indépendante permettant de tester si elles produisent autre chose qu’une coïncidence élégante.
4. Science et occultisme n’habitaient pas encore des bâtiments séparés
Il est facile aujourd’hui d’imaginer une séquence bien ordonnée : superstition — occultisme — psychologie — psychologie scientifique. La réalité autour du tournant du XXe siècle était beaucoup moins nette.
William James a joué un rôle central dans la formation de la psychologie américaine et dans la vie intellectuelle de Harvard, tout en prenant au sérieux les recherches psychiques. Harvard conserve d’ailleurs des traces institutionnelles de cette ligne, notamment des collections liées à la psychical research [5].
Jung, lui aussi, a commencé sur la frontière. Son étude précoce des phénomènes médiumniques a ensuite été réinterprétée en termes psychologiques, mais elle montre que « l’occulte » et « le psychologique » n’étaient pas à l’origine deux domaines hermétiquement clos [1].
Il ne faut pas romantiser cette porosité. Le fait qu’un scientifique étudie un médium ne confirme pas une théorie médiumnique. Mais cela ruine le récit rétrospectif confortable selon lequel la psychologie académique aurait su dès son premier jour où se trouvait la frontière définitive des phénomènes admissibles.
L’histoire d’une discipline est aussi celle d’une sélection institutionnelle : quelles questions sont admises, quelles méthodes sont jugées suffisantes, qu’est-ce qui acquiert le statut d’objet de recherche et qu’est-ce qui est repoussé hors du champ professionnel. La frontière entre « science » et « occultisme » n’a pas été découverte une fois pour toutes comme une ligne déjà tracée sur une carte ; elle a été dessinée et redessinée à plusieurs reprises.
5. Ce que Jung a réellement fait
Dès lors que Jung cesse d’être présenté comme le commencement de toute l’histoire de la pensée symbolique, sa contribution ne devient pas plus petite, mais plus précise. Il a déplacé l’adresse de l’explication.
Une tradition rituelle ou occultiste peut dire : une certaine force ou correspondance existe dans la structure du monde. Jung permet de poser une autre question : pourquoi la psyché humaine produit-elle à plusieurs reprises ces formes d’expérience et d’image ?
Un démon n’a pas besoin de devenir d’abord un objet de la physique pour être psychologiquement significatif. Une séquence alchimique peut être étudiée comme carte de transformation psychique même si l’on rejette la chimie alchimique. Un mandala peut être étudié comme une forme organisant l’expérience. La prétention ontologique a changé, mais le matériau symbolique reste disponible pour l’enquête.
Jung lui-même prenait l’astrologie au sérieux. Dans son travail sur la synchronicité, il s’est tourné vers les horoscopes de couples mariés. Le matériau n’a pas fourni une confirmation statistique simple des attentes astrologiques ; il est devenu plutôt une partie d’un argument plus complexe sur la synchronicité. Cela importe précisément parce que Jung ne plaçait pas simplement l’astrologie hors des murs de la psychologie.
Archétype et image archétypique ne sont pas la même chose
La distinction décisive de Jung pour notre propos est qu’un archétype ne peut pas être réduit à une image particulière. L’International Association for Analytical Psychology, en résumant les passages concernés des Œuvres complètes de Jung, décrit l’archétype comme une forme prédisposée ou une possibilité de représentation plutôt que comme une image héréditaire fixe [6].
Si la Mère peut apparaître comme une mère réelle, une déesse, la mer, la terre, une grotte ou un jardin, alors une femme avec un enfant n’est pas encore une définition de l’archétype. Il faut identifier ce qui survit au changement d’images.
En ce sens, Jung a formulé un problème extraordinairement fort et l’a laissé partiellement ouvert : si un archétype est une forme, de quel type logique de forme s’agit-il ?
6. Huit figures jungiennes sans leurs costumes
La psychologie populaire aime aligner les archétypes comme s’ils étaient des personnages de même ordre. Pourtant, dès que l’on retire les images, les figures de Jung commencent à se comporter très différemment.
La Mère : non pas un personnage, mais un milieu contenant
Retirons la mère personnelle, Déméter, la Madone, la grotte, la mer et le jardin. Ce qui demeure est une structure d’origine, de nutrition et de contenance. Elle crée un dedans, fait croître et protège ce qu’elle contient, tout en pouvant l’absorber ou empêcher la séparation. Cela ressemble moins à un type de personnalité qu’à un milieu ou à une configuration de frontière, de contenu et de nutrition.
L’Enfant : non pas un personnage, mais un avenir encore fragile
Retirons le nourrisson et l’enfant miraculeux. Il reste quelque chose qui existe déjà, mais demeure encore petit par rapport à l’ancien monde ; en même temps, cela porte un champ de prolongements futurs que le système présent ne peut pas encore réaliser. Nous sommes plus proches d’une phase de transition que d’un trait de caractère.
Le Trickster : un reste que le système déclare dépassé
Le Trickster de Jung est lié à des niveaux plus anciens, moins différenciés, et à des contre-tendances. Sous les masques du filou, de l’animal, du démon ou du clown, on peut voir le retour de quelque chose que le système développé s’imagine avoir déjà laissé derrière lui. Le Trickster est donc peut-être moins un « type » indépendant qu’un reste dynamique d’un régime exclu ou insuffisamment différencié.
Korè : un résultat négatif utile
Korè est importante précisément parce qu’elle résiste à devenir un atome indépendant. Chez Jung, une même figure féminine peut remplir des fonctions différentes selon la relation psychique dans laquelle elle apparaît. Cela suggère que certaines choses appelées archétypes peuvent en réalité être des rôles au sein d’une structure plus vaste plutôt que des structures fondamentales à part entière.
L’Esprit / le Vieux Sage : la fonction du savoir manquant
Retirons la barbe, le bâton, le magicien et le mentor. Il reste une fonction compensatoire : lorsque la manière consciente de résoudre un problème est épuisée, une source supplémentaire de distinction, de conseil ou de connaissance apparaît. Cela ressemble déjà davantage à un opérateur qu’à un milieu.
L’Ombre : la relation entre une carte et ce qu’elle exclut
L’Ombre s’insère mal dans une typologie des personnes. Elle apparaît lorsque l’image opératoire de soi exclut une partie de l’expérience, tandis que le matériau exclu continue d’agir — par l’irritation, la projection, le fantasme ou la répétition. Ici, la ressemblance avec le modèle utilisé dans ce livre est particulièrement étroite : l’Ombre y est définie comme l’incomplétude de la carte opératoire de l’expérience.
Anima / Animus : interface et projection
Si l’on retire provisoirement l’enveloppe genrée historique, ce qui apparaît est la relation entre une position consciente et un Autre psychique. La figure agit comme médiatrice entre des domaines et se prête particulièrement à la projection. En langage structurel, cela ressemble davantage à une interface ou à une relation qu’à un type de personnage.
Le Soi : la géométrie du centre et du tout
Le Soi s’exprime par le mandala, le cercle, la quaternité, le centrage et l’unification des opposés dans un tout plus vaste. Ici, le personnage disparaît presque. Nous avons affaire à une organisation de l’espace : centre, frontière, symétrie, inclusion, relation entre les parties et ordre plus large dans lequel le moi n’est plus l’unique centre.
Mère — milieu. Enfant — phase. Ombre — relation. Esprit — fonction. Anima/Animus — interface. Soi — organisation du tout. Pourquoi sommes-nous certains que toutes ces choses sont des entités du même niveau logique simplement parce qu’un seul mot — « archétype » — sert à les nommer ?
Un rapport de recherche contemporain de l’IAAP sur la théorie des archétypes souligne lui aussi l’hétérogénéité interne du concept jungien et la nécessité de le repenser [7]. Ce n’est pas une raison d’« annuler » Jung. Au contraire : cela permet de prendre sa question initiale plus au sérieux que ne le fait parfois le vocabulaire ultérieur.
7. Après Jung : chaque auteur a choisi une autre échelle
Après Jung, la pensée archétypique ne s’est pas développée comme une théorie unifiée. Différents auteurs en ont extrait des problèmes différents.
Auteur / courant |
Ce qu’ils ont fait |
Ce que devient l’archétype |
Erich Neumann |
étapes archétypiques du développement de la conscience |
l’archétype comme phase d’un processus plus vaste |
Marie-Louise von Franz |
contes de fées et motifs récurrents |
l’archétype comme structure d’intrigue et d’image |
Joseph Campbell |
mythologie comparée et voyage du héros |
l’archétype comme grand récit récurrent |
James Hillman |
psychologie archétypale / imaginale |
l’archétype comme pluralité d’images et de perspectives |
Tom Chetwynd |
dictionnaires des rêves et des symboles |
le matériau archétypique comme corpus de significations pour s’orienter |
Jean Shinoda Bolen |
déesses grecques comme modèles psychologiques |
l’archétype se rapproche d’un type de personne reconnaissable |
Moore et Gillette |
Roi, Guerrier, Magicien, Amant |
l’archétype comme grand personnage et polarités maturité / ombre |
Carol Pearson |
12 archétypes pour le développement et l’auto-observation |
l’archétype comme profil appliqué et récit de vie |
Tom Chetwynd occupe ici une position intermédiaire. Les travaux qu’on peut lui attribuer avec certitude sont avant tout des dictionnaires de rêves, de symboles et de mythes sacrés. Il systématise les images récurrentes et leurs lectures possibles. Ce n’est pas encore une typologie de personnalité. C’est plutôt un corpus de matériau : où un symbole réapparaît-il, quels sens se regroupent autour de lui et comment le lecteur peut-il s’orienter parmi eux ?
8. Comment la forme est devenue un personnage, puis le personnage un profil
Le mouvement de Jung à Pearson ne peut pas être décrit simplement comme une « simplification ». Il est fonctionnel. Il est plus facile pour une personne de reconnaître l’Explorateur, le Protecteur ou le Souverain qu’une « structure dynamique de relation entre contenus conscients et inconscients ».
Un personnage donne un visage, une motivation, une peur, une action et une intrigue. Pour l’auto-description, l’éducation, le coaching ou la consultation, c’est un avantage majeur. Le système de Pearson a été délibérément conçu comme un modèle accessible du développement humain, en s’appuyant sur Jung, Hillman, Campbell, Erikson et des traditions voisines [8].
Mais la commodité modifie le type logique de l’objet. Un principe formateur devient un personnage reconnaissable. Le personnage devient un ensemble de motivations. L’ensemble de motivations devient un profil psychométrique. Le même mot — archétype — continue de voyager, mais il ne désigne plus nécessairement le même type de chose.
Forme → image → personnage → type de personnalité. L’histoire du mot reste continue tandis que l’objet placé sous ce mot change.
9. Pourquoi les psychologues ont-ils créé de nouveaux archétypes si le Tarot et le Zodiaque existaient déjà ?
La réponse la plus tentante consiste à dire que la psychologie a ignoré avec arrogance des systèmes déjà disponibles, puis a réinventé la même chose. La construction institutionnelle des frontières a effectivement joué un rôle, mais cette explication ne suffit pas.
Premièrement, l’astrologie et le Tarot n’étaient pas des théories psychologiques prêtes à l’emploi au sens moderne. Pour les utiliser comme modèles psychologiques, il fallait d’abord décider quel était l’objet psychologique et quel statut épistémique attribuer aux affirmations astrologiques et occultistes.
Deuxièmement, les typologies psychologiques ultérieures résolvaient d’autres problèmes d’ingénierie : elles offraient des langages accessibles pour parler de motivation, de développement, de marque, de leadership ou de thérapie. Des noms comme « Explorateur » et « Protecteur » fonctionnent plus vite qu’un cours sur les planètes, les signes et les maisons.
Troisièmement, le Tarot et l’astrologie n’ont pas été oubliés. Jung travaillait avec du matériau astrologique ; plus tard est apparue l’astrologie psychologique. Sallie Nichols a explicitement relié les Arcanes majeurs à un voyage jungien. Le problème n’était donc pas l’aveuglement, mais le fait que les voies hybrides sont restées périphériques par rapport à la psychologie académique dominante.
La meilleure question n’est donc pas « pourquoi ne l’ont-ils pas vu ? », mais « pourquoi le même matériau symbolique a-t-il reçu des statuts épistémiques différents dans des institutions différentes ? »
10. Retirer les noms des disciplines : qu’est-ce qui compte, au juste, comme explication scientifique ?
Ici, il est utile d’inviter deux juges qui n’appartiennent ni à la psychologie jungienne ni à la tradition occultiste : Humberto Maturana et Francisco Varela. Dans L’Arbre de la connaissance, ils nous invitent à penser la connaissance non comme une simple copie d’un monde extérieur déjà donné, mais comme l’activité d’un observateur vivant. Dans une formulation ultérieure, particulièrement claire, Maturana déploie le critère d’une explication scientifique en quatre étapes opératoires [9].
En langage simple, une explication scientifique devrait pouvoir faire quatre choses :
Montrer exactement ce que nous observons. Non pas « l’énergie est devenue mauvaise », mais une procédure et un phénomène distinguable qu’un autre observateur peut lui aussi obtenir.
Proposer un mécanisme qui engendre le phénomène. Non pas seulement renommer ce qui a été observé, mais expliquer comment cela se produit.
Déduire du mécanisme autre chose — quelque chose qui n’était pas simplement déjà contenu dans la description initiale. Un bon modèle doit prendre un risque : il doit annoncer un résultat nouveau.
Vérifier si ce résultat nouveau se produit effectivement dans les conditions indiquées à l’avance.
Dans cette logique, le mot « psychologie » ne donne pas automatiquement à une théorie un laissez-passer vers la science. Le mot « ésotérisme » ne la réfute pas automatiquement non plus. La question n’est pas l’enseigne sur la porte, mais ce que fait la théorie lorsqu’on lui demande de franchir ces quatre étapes.
La description reconnaît ce qui a déjà été vu. L’explication fournit un mécanisme dont découle un résultat qui n’a pas servi à construire le modèle.
Pourquoi cela importe tout particulièrement pour les archétypes
Les systèmes archétypiques se referment facilement en boucle herméneutique. Nous observons un comportement, nous l’appelons manifestation d’un archétype, puis nous confirmons l’existence de cet archétype en observant des comportements semblables. Une telle boucle peut être utile sur le plan thérapeutique ou culturel, mais elle n’est pas encore, à elle seule, une explication générative.
11. Test sans étiquette : quatre systèmes devant un même critère
Système |
Phénomène défini ? |
Mécanisme génératif ? |
Conséquences nouvelles ? |
Test indépendant ? |
Typologie archétypique de Pearson |
partiellement |
surtout classificatoire |
limitées |
dépend de la version précise de l’instrument |
Théorie jungienne des archétypes |
partiellement |
modèle conceptuel riche ; critères opératoires plus faibles |
nombreuses conséquences herméneutiques |
ambigu |
Système astrologique développé |
formellement, souvent oui |
forte grammaire compositionnelle |
potentiellement nombreuses |
principal point de controverse |
Golden Dawn / Tarot systématique |
oui, à l’intérieur du système |
fort réseau de correspondances |
oui, à l’intérieur du modèle |
faible validation externe |
Psychologie expérimentale |
généralement oui |
de faible à forte |
généralement requises |
méthodologiquement intégrée |
Notre modèle géométrique |
cherche à le faire |
la générativité est sa force revendiquée |
doit en produire |
reste à démontrer |
Le tableau suivant ne distribue volontairement aucune médaille. Il fait apparaître des faiblesses différentes. Une typologie populaire peut être plus accessible humainement mais plus faible comme théorie générative. L’astrologie peut posséder une architecture compositionnelle plus riche tout en échouant à la validation indépendante. La psychologie expérimentale est méthodologiquement plus forte dans les procédures de test, mais cela ne signifie pas que chaque théorie psychologique hérite automatiquement du même niveau de preuve.
Alors, qu’est-ce qui est le plus proche de la science ?
Si l’on compare la psychologie expérimentale moderne dans son ensemble à une interprétation divinatoire arbitraire, la réponse penche clairement vers la première : opérationnalisation, contrôle, statistiques, réplication et critique y sont institutionnellement intégrés. Mais cette comparaison est trop générale pour être très intéressante.
Si, en revanche, nous comparons la théorie jungienne des archétypes ou la typologie de Pearson à un système astrologique développé ou à un système occultiste de correspondances, l’avantage automatique disparaît. L’astrologie et la Golden Dawn montrent parfois une architecture générative plus forte ; la psychologie académique dispose d’une culture plus forte de vérification externe. Aucune de ces forces ne compense automatiquement l’absence de l’autre.
C’est pourquoi « c’est de la psychologie » ne suffit pas comme argument de scientificité, tout comme « c’est une tradition ancienne » ne suffit pas comme argument de vérité.
12. Le rasoir d’Occam : non pas ancien contre nouveau, mais catalogue contre grammaire
Nous pouvons maintenant demander si la psychologie a « multiplié les entités » sans transformer la question en simple rhétorique.
Supposons que nous ayons douze archétypes. Pour chacun sont définis séparément une motivation, une peur, une stratégie, une ombre et une tâche de développement. Si ces ensembles sont indépendants, le système est un catalogue. Il peut s’agir d’un excellent catalogue, mais il reste un catalogue.
Une autre voie consiste à partir d’un plus petit nombre de coordonnées indépendantes et à obtenir les différences par combinaison. C’est ainsi que fonctionnent de nombreuses théories formelles fortes : elles ne mémorisent pas chaque cas, elles génèrent des classes de cas à partir de règles.
Dans ce livre, une telle tentative commence par deux questions appliquées aux éléments : le système possède-t-il sa propre frontière, et conserve-t-il une intériorité ? On ajoute ensuite la croix et l’orientation pour produire les géométries des signes, tandis que les planètes sont définies comme opérateurs. Le but n’est pas ici de prouver l’astrologie traditionnelle, mais de tester si une grande table de correspondances symboliques peut être comprimée en une grammaire plus petite.
Exemple : qu’est-ce qu’un « Explorateur » ?
Si l’Explorateur de Pearson est une entité fondamentale, il lui faut sa propre définition indépendante. Mais l’image peut être décomposée : découvrir un domaine absent ressemble à la fonction uranienne ; une cible lointaine ressemble à la géométrie du Sagittaire ; quitter une ancienne forme ressemble à une transition de phase ; s’approprier un nouveau chemin implique encore d’autres opérations. L’« Explorateur » apparaît alors non comme un atome mais comme une composition reconnaissable.
Il en va de même pour le Souverain : centre, hiérarchie, distribution des rôles, frontière de responsabilité, source visible d’autorité. Le Guerrier : action de seuil plus environnement igné, bien que Mars n’ait nul besoin de ressembler à un guerrier — son événement peut être un « non » tranquille, une signature ou une incision chirurgicale. Le Magicien de Pearson peut fusionner traduction, découverte, travail imaginal et changement de régime — des fonctions qu’une autre grammaire peut séparer.
Si une telle décomposition fonctionne sur des cas nouveaux, nous économisons réellement des entités. Si chaque nouvel archétype exige une coordonnée spéciale supplémentaire, le rasoir d’Occam se retourne contre nous.
13. Waite et Jung se rencontrent en un lieu inattendu
Ils avancent presque en sens opposés.
La tradition de la Golden Dawn prend plusieurs grands systèmes symboliques et tente de les relier dans un réseau unique. Jung prend une multitude d’images et tente de trouver derrière elles une forme psychique commune.
Golden Dawn : systèmes →
réseau de correspondances → image particulière.
Jung :
multitude d’images → forme récurrente.
Le premier mouvement est synthétique. Le second est analytique. Et tous deux rencontrent le même problème : comment distinguer une structure réellement stable d’une correspondance élégante créée par le chercheur ?
La Golden Dawn risque de trop relier. Jung risque de voir un seul archétype derrière des images trop différentes. Pearson risque de transformer un personnage utile en entité fondamentale. Le psychologue expérimental risque de ne mesurer que ce qui est facile à opérationnaliser et de perdre le phénomène lui-même. Chaque tradition possède son angle mort.
14. Tarot et astrologie comme corpus de test, non comme preuve
À ce stade, on peut donner au Tarot et à l’astrologie un rôle plus intéressant. Nous n’avons pas besoin de les déclarer anciennes sciences de la psyché. Nous n’avons pas non plus besoin de les écarter comme mysticisme décoratif.
Ils peuvent servir de corpus stables sur lesquels tester une théorie. Les Arcanes majeurs contiennent un ensemble limité d’images, suffisamment petit pour être comparé dans sa totalité et suffisamment varié pour distinguer différentes structures. Le Zodiaque offre douze géométries stables. La couche planétaire propose un ensemble limité de fonctions. La longévité historique de ces systèmes ne prouve rien en elle-même, mais elle en fait des bancs d’essai utiles.
Si une nouvelle grammaire explique réellement le matériau symbolique, elle doit faire davantage qu’interpréter élégamment des cartes familières. Elle doit dériver des distinctions qui n’ont pas servi à construire le modèle.
Le Magicien comme test
Supposons que Mercure soit défini comme l’opération « rendre une distinction transférable entre des domaines ». De cette définition devraient alors découler des niveaux indépendants : adresse, canal, traduction, retour d’information. Des modes d’échec prévisibles devraient également en découler : une adresse existe mais aucun chemin ; le message arrive mais le sens se perd ; le trajet est à sens unique et aucune réponse ne revient ; l’intermédiaire s’approprie le canal.
La même structure doit ensuite être retrouvée non seulement dans la carte du Magicien, mais aussi dans la communication médecin-patient, les interfaces logicielles, la diplomatie, les marchés, l’enseignement et la conversation familiale. Si un observateur indépendant peut la reconnaître selon des critères spécifiés à l’avance, nous commençons à sortir du cercle herméneutique.
15. Comment notre modèle peut perdre
Cette section est indispensable, car sans elle la discussion sur le statut scientifique deviendrait de l’auto-promotion.
Notre modèle devrait être révisé ou abandonné si l’un des phénomènes suivants se produit :
deux phénomènes qu’il traite comme une seule structure conduisent systématiquement à des conséquences incompatibles ;
chaque nouvel archétype exige une coordonnée supplémentaire créée pour lui seul ;
l’attribution aux éléments ou aux opérateurs change selon l’exemple qui arrange l’analyse ;
les correspondances avec le Tarot doivent être sauvées par une liste toujours croissante d’exceptions ;
un système jungien ou autre distingue de façon constante une classe importante de phénomènes que notre grammaire ne parvient pas à voir ;
de nouveaux observateurs ne peuvent pas appliquer nos critères de manière reproductible à des cas inconnus.
À ce moment-là, la simplicité cesse d’être un avantage. Le rasoir d’Occam n’économise les entités qu’aussi longtemps que le modèle explique réellement ce qui est observé.
16. L’archétype une fois les étiquettes retirées
Que peut-il rester du mot « archétype » après cette histoire ?
Un archétype n’est ni une image ni un type de personne, mais une structure reproductible d’organisation de l’expérience, susceptible de se manifester à travers différentes images culturelles.
Pour l’instant, cette définition est une hypothèse de recherche, non une loi universelle démontrée. Elle ne nous oblige pas à accepter d’avance la métaphysique jungienne de l’inconscient collectif. Elle n’exige pas une causalité astrologique physique. Elle ne nous oblige pas à traiter le Tarot comme un ancien manuel de psychologie.
Son avantage est plus modeste, et pour cette raison plus fort : elle permet de poser la bonne question suivante.
Non pas « que signifie cette image ? » ni « quel archétype est cette personne ? », mais « quelle structure se répète ici, de quelles relations plus simples est-elle composée, et quelles conséquences nouvelles peut-on en déduire ? »
La Mère peut alors se révéler une composition, l’Ombre une relation, l’Enfant une phase, le Soi une géométrie, le Magicien un opérateur. Les anciens systèmes symboliques n’ont plus besoin de se faire concurrence comme catalogues mutuellement exclusifs : ils peuvent être des projections différentes d’un même espace, ou bien être réellement incompatibles. Cela doit être testé, et non décidé selon le prestige d’une étiquette.
17. Ce que nous gagnons à la place du vieux débat « science contre ésotérisme »
Au début de l’article, un astrologue, un occultiste, un psychologue et Jung étaient assis à la même table. Nous pouvons maintenant leur rendre leurs noms et voir qu’aucun d’eux n’apportait à lui seul tous les éléments du problème.
L’astrologie a apporté une idée puissante de grammaire compositionnelle : peu d’éléments, de nombreuses configurations.
Les occultistes de la Golden Dawn et les auteurs apparentés ont apporté l’ambition d’unifier plusieurs langages symboliques au moyen d’une architecture unique de correspondances.
Waite et Pamela Colman Smith ont montré comment une table peut devenir une scène visuelle où le sens est stocké dans les relations.
Jung a déplacé le problème des symboles récurrents dans la psyché et a nettement distingué l’archétype de l’image archétypique particulière.
Les auteurs psychologiques ultérieurs ont rendu les archétypes humainement reconnaissables et applicables, mais ont souvent payé cette accessibilité par une perte de distinctions structurelles.
La science expérimentale a renforcé des normes de vérification externe qu’il vaut la peine d’appliquer à tous les systèmes sans exception.
Maturana et Varela nous rappellent que le statut scientifique est déterminé non par le nom d’une institution, mais par la structure de la procédure selon laquelle une explication est produite et mise à l’épreuve.
Il n’en ressort pas une échelle allant de la superstition à la science, mais plusieurs lignes, chacune meilleure pour préserver une partie différente du problème : l’image, la composition, le sens psychique ou la procédure de test.
Peut-être que l’étape suivante n’est pas de choisir un vainqueur par pedigree, mais de combiner les forces : préserver la richesse des corpus symboliques, isoler une structure générative minimale et l’obliger à risquer des conséquences nouvelles et testables.
Épilogue. Mais qui transporte un symbole à travers les siècles ?
Tout au long de cet article, nous sommes restés principalement dans l’histoire intellectuelle européenne : astrologie, ordres occultistes, Tarot, psychologie. Pourtant, les symboles existaient avant les sociétés occultistes et avant le cabinet de l’analyste. Ils vivaient dans le rituel, le paysage, la pratique corporelle et la communauté.
Lorsqu’une telle tradition se rompt, une image peut continuer à voyager indépendamment des personnes qui savaient autrefois quoi en faire. L’intellectuel suivant est contraint de reconstruire le sens. Parfois la structure est préservée. Parfois elle est modifiée. Parfois un beau système nouveau est créé puis pris pour un système ancien.
L’article suivant commencera donc par une question qui semble presque enfantine : de quelle couleur est l’eau ? Pourquoi l’eau est-elle bleue dans un système symbolique, pourquoi l’image de l’eau blanche devient-elle signifiante dans un autre, et pourquoi un troisième fait-il de l’eau un langage psychologique de la mémoire et de l’inconscient ? Et qu’est-ce qui doit rester inchangé à travers toutes ces transformations pour que nous reconnaissions encore une même structure ?
Notes et sources
1. Sonu Shamdasani et les travaux consacrés à la première thèse de Jung sur les phénomènes médiumniques ; matériaux d’UCL Discovery sur S. W. et C. G. Jung.
2. The Warburg Institute. Tarot—Origins & Afterlives : histoire du Tarot depuis le jeu de cour jusqu’à la divination, puis aux formes artistiques et mystiques ultérieures.
3. The Warburg Institute. Matériaux du colloque Tarot—Origins & Afterlives, notamment les recherches sur le Tarot occultiste d’Éliphas Lévi.
4. British Museum. Arthur Edward Waite : informations sur sa collaboration avec Pamela Colman Smith, la Golden Dawn et la première publication du jeu en 1909.
5. Harvard University, Department of Psychology : William James ; archives et collections liées aux recherches psychiques.
6. International Association for Analytical Psychology (IAAP). Résumés de C. G. Jung, Œuvres complètes, vol. 9.1 : Archetypes and the Collective Unconscious.
7. Christian Roesler et al. Development of a Reconceptualization / Report on Archetype Theory, IAAP : analyse de l’hétérogénéité et des problèmes contemporains de la théorie des archétypes.
8. Carol S. Pearson. Présentation officielle du système des 12 archétypes et de ses objectifs développementaux.
9. Humberto Maturana. Reality: The Search for Objectivity or the Quest for a Compelling Argument (1988) : quatre conditions opératoires de validation d’une explication scientifique. L’Arbre de la connaissance de Maturana et Varela fournit le contexte biologique et épistémologique plus large de cette position.
Principales sources en ligne
IAAP — Archetypes and the Collective Unconscious : https://iaap.org/resources/academic-resources/collected-works-abstracts/volume-9-1-archetypes-collective-unconscious/
IAAP — Report on Archetype Theory : https://iaap.org/wp-content/uploads/2022/04/Report-Archetype-Theory-Roesler-1.pdf
British Museum — Arthur Edward Waite : https://www.britishmuseum.org/collection/term/BIOG50141
Warburg Institute — Tarot: Origins & Afterlives : https://warburg.sas.ac.uk/news-events/blogs/tarot-origins-afterlives-conversation-director-co-curator-bill-sherman
Harvard Psychology — William James : https://psychology.fas.harvard.edu/people/william-james
Maturana — Reality (1988) : https://constructivist.info/radical/papers/maturana/88-reality.html
Carol Pearson — système des 12 archétypes : https://carolspearson.com/